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Sénégal : la confiance institutionnelle tient par le symbole, vacille par les hommes

Par Alioune Badara DIATTA

Juin 21, 2026

L’Observatoire Polaris a analysé 131 748 mentions consacrées aux institutions sénégalaises parmi plus de 428 000 conversations numériques publiées en mai 2026. Le constat est celui d’une confiance fragmentée plutôt qu’effondrée. La Présidence conserve un score positif de +19,6 et le Gouvernement de +7,9, tandis que la Justice (-24,7) et les forces de défense et de sécurité (-18,1) concentrent l’essentiel de la défiance. Cette fracture s’est accentuée lors de la crise politique ayant culminé avec l’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai, faisant bondir le volume quotidien des conversations institutionnelles à près de 13 000 mentions.

La Justice apparaît comme l’épicentre de cette défiance. Les mots les plus fréquemment associés aux conversations négatives sont « arrestation », « procès », « détention » ou encore « condamnation ». L’un des contenus les plus relayés du mois illustre cette polarisation : « Guèye alias Azoura Fall, militant du PASTEF, est activement recherché depuis quelques jours après une auto-saisine du procureur de la République », publication ayant généré plus de 2,6 millions de portée. À l’inverse, les rares pics positifs apparaissent lorsque l’institution est associée à des notions de « liberté », de « grâce » ou de « libération ».

L’enseignement le plus marquant concerne toutefois l’écart entre la fonction et la personne. Lorsque les internautes évoquent « la Présidence » ou « le chef de l’État », le score atteint +56,2. Mais lorsque le débat se focalise sur Bassirou Diomaye Faye, le score tombe à -1,6. À l’inverse, Ousmane Sonko conserve un score positif (+5,2) et domine largement les conversations politiques du mois. Cette dissociation est parfaitement résumée par un commentaire viral du journaliste Larry Madowo : « Faye would not be president without Sonko. Is his presidency cooked? » (« Faye ne serait pas président sans Sonko. Sa présidence est-elle condamnée ? »). La jeunesse connectée accentue cette tendance. Les marqueurs Gen Z révèlent une négativité de 51 % envers le Gouvernement et de 44 % envers la Justice.

Dans les conversations en wolof, la critique est encore plus forte mais s’accompagne d’une dimension spirituelle absente du corpus francophone. Un verbatim particulièrement partagé résume cette lecture : « Ousmane Sonko, à chaque fois qu’on signe un décret pour l’écarter, Dieu l’élève davantage. » La défiance envers certaines institutions se transforme ainsi parfois en adhésion personnelle à une figure politique perçue comme exceptionnelle. Enfin, alors que les institutions politiques divisent, les institutions religieuses demeurent l’un des derniers espaces de consensus. Avec un score positif de +11,3, elles continuent de bénéficier d’une confiance relativement stable.

À l’inverse, un nouveau foyer de défiance émerge autour du média public. Plusieurs publications virales dénoncent une couverture jugée partisane de l’actualité politique, à l’image de ce message largement partagé : « Non à cette maladroite désonkorisation dans le JT de la RTS ! ». Pour l’Observatoire Polaris, ce déplacement progressif de la critique vers les institutions de médiation constitue l’un des principaux signaux faibles du mois.