Le centenaire de l’ancien président Abdoulaye Wade, célébré le 29 mai 2026, a généré une mobilisation exceptionnelle dans l’espace numérique sénégalais. Entre le 5 mai et le 2 juin, l’Observatoire Polaris a recensé 5 558 publications, dont 2 263 posts originaux et 3 295 commentaires. L’activité est restée relativement faible durant plusieurs semaines avant d’exploser le 29 mai (date du centième anniversaire) avec 3 235 publications, puis 1 087 le lendemain. À eux seuls, ces deux jours concentrent près de 78 % de l’ensemble des échanges observés. Cette dynamique témoigne d’un phénomène de mobilisation directement lié à l’événement commémoratif et à la vague d’hommages qu’il a suscitée.
L’analyse met en évidence un consensus largement favorable autour de la figure de Wade. Sur l’ensemble du corpus, 65 % des contenus sont positifs, contre 28 % neutres et 6,5 % négatifs. Le 29 mai, la tonalité positive atteint même 79 %. Les publications célèbrent principalement la longévité exceptionnelle de l’ancien chef de l’État, son rôle dans l’alternance de 2000 et son statut de « Pape du Sopi ». Les messages de prières et de bénédictions occupent également une place importante dans les échanges. Les réactions citoyennes traduisent cette dimension affective et populaire à travers des formules telles que « Joyeux anniversaire Gorgui », « Yalla nanga dound 100 ans comme Wade » ou encore « Cent ans. Un siècle d’histoire au service du Sénégal ».
Cette séquence a également été marquée par une convergence politique rare. L’hommage du duo Diomaye – Sonko représente à lui seul 42 % du corpus et concentre les contenus les plus viraux. Le président Bassirou Diomaye Faye a salué « l’homme dont la vie se confond avec celle de la République », tandis qu’Ousmane Sonko a rendu hommage à « Abdoulaye Wade, cent ans de vie utile _». Macky Sall a évoqué « _un parcours exceptionnel qui a marqué l’histoire du Sénégal et de l’Afrique » et Idrissa Seck a décrit Wade comme un « Professeur. Mentor. Père. Ami. ». Dans un contexte habituellement marqué par la polarisation, cette convergence entre pouvoir, opposition et anciens responsables constitue l’un des faits les plus remarquables de l’événement.
Toutefois, l’anniversaire n’a pas effacé les clivages ; il leur a offert un nouvel espace d’expression. Une partie des internautes a utilisé le centenaire pour prolonger les débats politiques contemporains, notamment autour de l’éligibilité et de l’avenir de Karim Wade. Certains commentaires affirment ainsi que « les récentes modifications de la loi électorale ne visent pas seulement Ousmane Sonko mais ceux qui étaient inéligibles, en l’occurrence Karim Wade », tandis que d’autres transforment l’hommage en procès de cohérence politique : « OUSMANE SONKO QUI DISAIT QUE FUSILLER LES ANCIENS DIRIGEANTS… C’EST CE MÊME SONKO QUI VIENT POUR RENDRE HOMMAGE À L’ANCIEN PRÉSIDENT ». Dans ces échanges, l’héritage de Wade devient moins un objet de commémoration qu’un argument mobilisé dans les affrontements du présent.
Une troisième lecture, plus minoritaire mais néanmoins visible, remet en cause le récit largement consensuel du centenaire. Certains internautes refusent ce qu’ils perçoivent comme une célébration sans nuance de l’ancien président. « Désolé de ramer à contre-courant de cette wadophilie ambiante », écrit l’un d’eux, tandis qu’un autre estime que « cet hommage omet des faits historiques majeurs ». Bien que représentant une faible part du corpus, ces prises de position rappellent que la mémoire d’Abdoulaye Wade demeure traversée par des controverses liées à son bilan politique, aux accusations de corruption ou encore aux tensions de la fin de son mandat. Au final, le centenaire apparaît comme un révélateur des multiples mémoires qui coexistent dans la société sénégalaise : une mémoire d’hommage, une mémoire politique et une mémoire critique, qui continuent de se confronter dans l’espace numérique.
©️ Observatoire Polaris













