Les nouvelles drogues et leur impact sur la jeunesse suscitent une vive inquiétude dans la sphère numérique sénégalaise. Entre le 1er mai et le 7 juin 2026, l’Observatoire Polaris a analysé 369 publications thématiques extraites d’un volume global de 522 023 mentions sur Facebook et X. Il en ressort un climat d’opinion fortement préoccupé par la progression de substances comme le kush. Si 53,1 % des publications conservent un ton neutre, les messages négatifs représentent 38,5 % des conversations, contre seulement 8,4 % de contenus positifs. « Des jeunes qui s’adonnent à la drogue… je suis très inquiet pour l’avenir de ce pays », résume un internaute cité dans le rapport.
Cette préoccupation est avant tout portée par les citoyens eux-mêmes. 83,5 % des publications proviennent d’émetteurs anonymes, tandis que les médias ne représentent que 5,7 % du corpus analysé. Le kush apparaît comme le principal symbole des craintes exprimées en ligne. « Cette drogue a détruit leur jeunesse et maintenant ils veulent faire la même chose ici », écrit un autre utilisateur. À l’inverse, une minorité de commentaires tend à banaliser certaines consommations, présentées comme relevant d’une « sous-culture urbaine ». Faute de données largement partagées sur les overdoses ou les conséquences sanitaires, les perceptions sont principalement alimentées par les récits, les témoignages et les inquiétudes individuelles. L’étude met surtout en évidence la domination du discours sécuritaire dans les conversations numériques.
Les opérations de police, les saisies de drogue et les démantèlements de réseaux occupent une place centrale dans les échanges. Selon Polaris, les contenus relevant de la répression totalisent 76 mentions, soit plus du double des publications consacrées aux questions de dépendance, d’overdose ou de toxicomanie, limitées à 15 mentions. Les internautes saluent régulièrement les interventions des forces de sécurité, tandis que les médias relaient largement les annonces de saisies, notamment à travers les opérations menées à Thiaroye-sur-Mer ou à Diamniadio. En revanche, les problématiques de santé publique restent peu visibles. Le détournement de médicaments n’apparaît qu’à travers quelques signalements isolés, comme ce message évoquant « Tramadol 100 comprimés en une prise ». Pour Polaris, la dépendance est rarement abordée comme une maladie nécessitant un accompagnement médical ; elle demeure principalement associée à la délinquance ou au fait divers. Le rapport relève également des dérives préoccupantes dans certaines prises de parole.
Plusieurs commentaires réclament des sanctions extrêmes à l’encontre des trafiquants ou des consommateurs, allant jusqu’à évoquer la peine de mort. Parallèlement, une partie des échanges associe la question de la drogue à la présence d’étrangers, notamment dans certaines localités comme Diamniadio. « Trop d’étrangers au Sénégal… résultats = prostitution, banditisme, drogue et tout le Sénégal est en danger », affirme ainsi un internaute cité dans le corpus. Selon l’Observatoire Polaris, cette évolution traduit un risque de glissement du débat vers des logiques identitaires, où les enjeux sanitaires se trouvent progressivement éclipsés par des discours de rejet ou de stigmatisation.
Enfin, l’analyse souligne la faiblesse de la parole institutionnelle dans ce débat. Alors que 83,5 % des publications proviennent de citoyens anonymes et que les médias représentent 5,7 % du corpus, les acteurs institutionnels restent largement en retrait. Les contenus associés à la sphère Diomaye-Sonko ne représentent que 1,4 % des mentions analysées. Les autorités apparaissent ainsi principalement à travers l’action policière, tandis que les questions de prévention, de sensibilisation ou de prise en charge des addictions restent peu visibles. Polaris estime que la société sénégalaise identifie clairement le danger que représentent les nouvelles drogues pour la jeunesse, mais peine encore à développer un langage collectif permettant de traiter le phénomène sous l’angle de la santé publique. Entre répression, tabous sociaux et inquiétudes grandissantes, la place accordée à la prévention et au soin demeure l’un des principaux angles morts du débat numérique.













